La banalisation des échanges

De nos jours, la technologie évoluant, nous tendons rapidement vers une nouvelle économie plus immatérielle à laquelle sont étroitement associés nos moyens de communication. Ces moyens ont formaté notre quotidien au point qu’ils en sont devenus, eux aussi, de simples outils standards. La fin ne justifie déjà plus les moyens. La communication au centre de notre économie nouvelle est pervertie par la banalisation de nos systèmes et n’a peut-être plus sa vocation à permettre les vrais échanges.
La banalisation induit malgré nous une certaine manière de vivre ou de subir au quotidien les événements ; la banalisation rend les choses ordinaires et éloigne parfois tant de la réalité qu’on en oublie l’essence même de nos actes. Est-il possible, dans la perspective de changements permanents égrainés de technologies évolutives au centre des débats, d’imaginer une communication trop standardisée? […]

C’est certainement parce qu’on a cette facilité à utiliser des supports de plus en plus performant qu’on en arrive aujourd’hui à ne les utiliser que trop…pour rien. Combien de conversations téléphoniques commençant par cette incontournable question « t’es où ?» ne se terminent-elles pas par l’inexorable conclusion « bon et bien on se rappelle ! ». Etonnant non, cette démarche qui consiste à prévoir l’inexactitude et le sursis ?! Nos ancêtres, pas si lointains, ne s’appliquaient-ils pas au contraire, à produire les mots les plus justes et rendre le message le plus clair possible ?
Mais voilà, tous ces moyens, de plus en plus sophistiqués, de plus en plus robotisés, de plus en plus ergonomiques sont à portée de doigt. Tout peut être décrypté, analysé, vérifié, transféré en l’espace de quelques secondes… C’est bien sûr extraordinaire ; mais ensuite, qu’en reste-t-il ? Internet était à l’origine, un moyen inventé pour faciliter les échanges de savoirs et de connaissances entre les universités. Il a subi, comme tout système, des mutations : il s’agit maintenant d’échanges de toute nature, d’universalités. Du coup, sommes-nous toujours aussi déterminés à accumuler du sens ? Pas si sûr ; la proximité de l’information, en motivant l’action réitérée, induit certainement un savoir plus éphémère. Lorsqu’on n’a pas de tête on a des jambes, n’est-ce pas ? Enfin… des doigts maintenant !
C’est donc à nous de décider de ce que nous attendons de cette technologie-là : sommes-nous en mesure de la maîtriser ou bien la subir ? […]

Depuis toujours l’homme est ainsi fait qu’il a une fâcheuse tendance à s’habituer au point d’en oublier son extraordinaire capacité d’adaptation. Par nature il a donc plutôt tendance à rester inactif car changer est toujours difficile du fait d’une instabilité qui induit une remise en question inconfortable. Sénèque, philosophe et homme d’état romain du 1er siècle, disait : ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. Ajouterai-je : les choses sont plus simples qu’on veut bien le croire mais le plus dur reste à faire.
Au bout du compte, tout acte répété, toute relation acceptée en tant que telle, toute fixité subie (ou non) sont autant de situations de banalisation qui annihilent la réalité. L’immobilisme est certes rassurant, mais contraire aux innovations et à la créativité ; donc, il fragilise. La mise en danger est dès lors un mal nécessaire. Même dans un contexte incertain, lorsque rien ne va plus, alors tout va bien car nos sens sont en éveil et combattent la contre-productivité.

Malheureusement cette banalisation présente en tous lieux, en toutes circonstances nous mène vers des dérèglements de la vie quotidienne, sociale ou professionnelle et déplace les normes au point de ne plus en connaître les fondations. Par exemple, le langage utilisé par les adolescents qui, sans parler de l’appauvrissement de la syntaxe, s’amenuise peu à peu et bafoue les règles essentielles de politesse ou de respect. La banalisation ne change pas les valeurs, elle les affaiblit jusqu’à ce que le système lui-même dans lequel elles s’appliquent, ne les reconnaisse plus. […]

Il y a donc un équilibre perpétuel à trouver entre la prise de conscience de ce qui est acquis et sert de levier à la croissance, et la remise en question de l’existant.
L’artiste ne peut douter de ses capacités, on le sait, le doute est l’ennemi de la foi. Il doit au contraire croire en ce qu’il est pour se rendre plus fragile encore et repousser les limites infinies de la créativité pour s’enrichir. Il ne s’agit pas d’une quête de la perfection, car la perfection aussi est l’ennemi du bien. Convenons cependant qu’il y a de fortes chances pour que tout ce qui tend vers elle nous rende meilleurs.
L’entreprise tout comme l’artiste doit donc être vigilante, certes sur ce qu’elle entreprend mais plus encore sur ce qu’elle n’entreprend plus. […]

Olivier Gesbert

 
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